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Apprendre d’après les maîtres

 

Avant l’apparition des musées (au XVIIIe siècle), les artistes découvrent les œuvres des maîtres du passé (de l’époque antique et de la Renaissance) d’après des gravures ou des moulages.

Les œuvres originales des maîtres (les vraies), celles qui sont uniques, sont plus difficiles à voir. Elles appartiennent à des collectionneurs privés (collections royales des rois de France, des Habsbourg en Autriche et en Espagne, de mécènes italiens : les Barberini, les Borghèse, etc.). Seuls quelques privilégiés peuvent les observer, à l’occasion de visites ou de voyages.
Plus accessible est l’art religieux chrétien (scènes de la Bible : Ancien et Nouveau Testament dont la vie de Jésus). Les églises exposent des peintures et des sculptures de maîtres offertes à la contemplation des fidèles.

À partir du milieu du XVIIIe siècle, certaines collections privées s’ouvrent au public.
Les musées sont créés au XVIIIe siècle, le siècle des Lumières : British Museum (1759) à Londres (Angleterre), musée du Louvre (1793), à Paris (France).
Le Musée du Prado à Madrid (Espagne), visité par Picasso, s’ouvre au public en 1863.

Tous exposent des œuvres de maîtres. Dès lors, ces lieux permettent à des générations de jeunes artistes de découvrir, d’étudier et de copier leurs ainés pour se former et créer à leur tour, en dehors de l’atelier et de l’école des Beaux-Arts.

L’invention de la photographie (1839), de la reproduction photographique (1841), et l’essor de la carte postale d’art (à partir de 1900).
Ces innovations permettent de diffuser plus largement l’image des œuvres de maîtres. La reproduction photographique est plus fidèle à l’original que la gravure. Bien qu’en noir et blanc, au début du XXe siècle, les artistes vont les utiliser comme documents de travail qu’ils accrochent au mur de leurs ateliers.
Ces nouvelles techniques permettent d’accumuler les images d’œuvres, de les avoir constamment sous les yeux, de les comparer les unes aux autres et de s’en inspirer.

Pablo Picasso a regardé directement les œuvres des maîtres dans les musées mais il a aussi beaucoup utilisé la reproduction photographique de leurs œuvres (en noir et blanc puis en couleur).
Ce n’était pas pour les copier. Picasso est allé plus loin que la copie, il a « dialogué » avec les maîtres du passé. Il a catalogué leurs œuvres, les a analysées, il a « pensé » et en a fait autre chose. Les maîtres revivent dans ses propres œuvres. Mais seul un œil expert arrive à retrouver leurs « empreintes ».

Le tableau d’El Greco ci-dessous, Saint Martin partageant son manteau avec un pauvre conservé au National Gallery of Art (Washington Widener Collection), lui inspire ce Garçon conduisant un cheval (à droite).
Mais on y trouve d’autres sources : Gauguin (l’Abreuvoir), l’art des ibères, Ingres (Le Bain turc), Puvis de Chavannes (les fresques) et Cézanne (les nus).

L’atelier de dessin à l’École des Beaux-Arts, 1855
Antoine Jean Bail Lyon
musée Gadagne
© RMN - Gérard Blot
 
 
Projet d’aménagement de la Grande Galerie du Louvre en 1796, Hubert Robert, Paris, musée du Louvre © RMN - Jean-Gilles Berizzi
 
Photographie du XIXe siècle de la Joconde de Léonard de Vinci, Gustave Le Gray, Chantilly, musée Condé © Photo Rmn
 
Garçon conduisant un cheval, Pablo Picasso, 1905-1906, The Museum of Modern Art, New York © Succession Picasso, 2008