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Catalogne romane

Sculptures du val de Boí

Musée de Cluny - musée national du Moyen Âge

15 septembre 2004 – 3 janvier 2005

Organisée par le Musée national d’Art de Catalogne, Barcelone, et la Réunion des musées nationaux / Musée national du Moyen Age - Thermes de Cluny, Paris, cette exposition est réalisée grâce au soutien de la CaixaBank. Elle sera présentée à Barcelone, au Musée national d’Art de Catalogne, du 18 janvier au 20 mars 2005. Elle bénéficie également du partenariat de la Maison de la Catalogne (Catalunya Tourisme).

Vallée étroite et encaissée des Pyrénées espagnoles, à l’ouest de la Catalogne, le val de Boí a connu, dans la première moitié du XIIe siècle, une floraison artistique exceptionnelle qui lui vaut d’être classé par l’UNESCO au Patrimoine mondial de l’humanité.

De cette floraison, ce que l’on connaît le plus aujourd’hui, ce sont les grandes fresques qui ornaient les églises de la vallée (Sant Climent de Taüll, Santa Maria de Taüll, Sant Joan de Boí) et ont été déposées, au cours des années 1920, dans ce qui est devenu le Musée national d’Art de Catalogne, à Barcelone, dont elles constituent le fleuron des collections romanes. Les ensembles sculptés produits à la même époque restent en revanche méconnus du grand public. Cette exposition vise à les faire redécouvrir.

Il y a moins d’un siècle, personne ne soupçonnait l’existence de telles richesses artistiques dans le val de Boí comme dans le Val d’Aran. C’est une expédition d’historiens de l’art, lancée en 1907 par l’Institut d’Estudis Catalans pour recenser les œuvres de la Haute Ribagorce (nord-ouest de la Catalogne), qui les découvrit. Si les fresques étaient visibles, les statues, elles, avaient été reléguées, souvent depuis le concile de Trente, derrière les autels ou dans les clochers. Une fois étudiées et photographiées, les œuvres furent laissées sur place. Mais une dizaine d’années plus tard, elles faisaient leur apparition sur le marché de l’art : nombre d’entre elles entrèrent alors dans la collection de l’amateur catalan Plandiura, puis vinrent enrichir les collections du Musée d’Art de Catalogne. L’une passa entre les mains d’un antiquaire français, qui la vendit au musée de l’université de Harvard, le Fogg Art Museum, où elle fut étudiée par le professeur d’histoire de l’art médiéval de l’université, éminent spécialiste de l’Espagne, Arthur Kingsley Porter. Cette étude et celle, publiée presque simultanément par l’un des membres de la mission de 1907, Josep Puig i Cadafalch, mirent en évidence l’existence d’un important atelier de sculpture, spécialisé dans des représentations monumentales de la Descente de Croix.

L’entrée en 2001 dans les collections du musée national du Moyen Age de la dernière sculpture connue de cet atelier encore en mains privées, et jusqu’alors uniquement connue par une mauvaise photographie de 1930, a été l’élément à l’origine de cette exposition. Son inauguration à Barcelone coïncidera avec celle du Musée national d’Art de Catalogne rénové. Exceptionnel par sa qualité, célèbre chez les historiens de l’art médiéval, ce groupe d’œuvres n’avait encore jamais été rassemblé.

Si le regroupement de ces sculptures doit permettre aux spécialistes d’affiner les datations, de confirmer des rapprochements, d’étayer des hypothèses iconographiques, il vise surtout à révéler au grand public l’œuvre d’un artiste de génie. Mais l’exposition se veut aussi une ouverture sur les mentalités médiévales, un questionnement sur la place que la religion et certains courants hétérodoxes y occupaient.

Les grands cycles peints et sculptés du val de Boí sont en effet une réponse particulière à des questions qui agitèrent l’ensemble de la chrétienté. Ainsi, à la fin du XIe siècle, alors que la réforme grégorienne a placé le cycle de Pâques au cœur de l’année liturgique, un certain nombre de religieux contestent les éléments fondamentaux de ce cycle, et notamment la réalité de la mort du Christ sur la Croix. Le succès de ces hétérodoxies, qui ouvre la voie au catharisme, semble avoir été grand auprès de nombreux clercs. L’Eglise y répondit par divers moyens, et notamment en développant un théâtre liturgique et en favorisant la création d’œuvres sculptées qui mettaient en évidence la réalité de la Passion. S’il s’agit le plus souvent de tympans sculptés aux façades des églises ou, dans certaines régions, notamment en Auvergne, de grands Christs crucifiés représentés morts, les yeux fermés, la tête tombée sur la poitrine, on trouve aussi dans le chœur de certaines églises, sur une poutre placée au-dessus de l’autel majeur, une représentation d’une scène de la Passion, la plupart du temps une Descente de Croix &emdash ; c’est le cas pour les sculptures du val de Boí et du Val d’Aran. L’importance de la production et les hasards de la conservation permettent de présenter dans l’exposition deux groupes complets et des fragments de trois autres groupes.

Christ de Mig-Aran (fragment de corps)
Eglise Sant Miquel de Viella, Val d’Aran