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Tombes à char

Princesses celtes en Lorraine

 

La découverte des tombes à char celtiques de Diarville (Meurthe-et-Moselle), au pied de la célèbre Colline inspirée de Sion (Maurice Barrès), en 1990, constitua un véritable événement pour l’archéologie de la Protohistoire européenne : c’était la première fois depuis la mise au jour de la fastueuse sépulture de la Dame de Vix (Côte-d’Or), en 1953, qu’on découvrait non pas une, mais simultanément deux tombes à char de l’âge du Fer conservées intactes depuis leur enfouissement à la fin du VIe siècle av. J.-C., et surtout qu’on pouvait les étudier dans des conditions de fouille moderne. Les populations celtiques d’Europe centrale et occidentale avaient coutume d’enterrer les membres les plus éminents de leurs aristocraties en compagnie de chariots à quatre roues, d’une construction très élaborée. Le matériel découvert lors des fouilles de Diarville a montré qu’il s’agissait de sépultures féminines ; il est présenté ici tel qu’il a été découvert. C’est donc la structure et la disposition complètes d’un tumulus à deux tombes à char que le visiteur peut voir. Au total, le site de Diarville aura livré un ensemble jusqu’ici unique de quatre sépultures à char de la période celtique. Deux de ces sépultures avaient été endommagées anciennement. Les deux autres sont restées intactes : ce sont elles que l’on présente dans cette exposition. Fouillée dans son intégralité, la nécropole permet de restituer l’extraordinaire destin d’une communauté aristocratique des VIIe - VIe siècles av. J.-C., qui trouve ses origines familiales dans une caste de cavaliers à épée du début de l’âge du Fer, et qui se maintient pendant près de dix générations.

Les recherches systématiques, menées sous la direction de Laurent Olivier, conservateur au Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye, ont révélé l’histoire surprenante de cette région au cœur de la Lorraine, depuis les trois derniers millénaires. Car les tombes des princesses celtes de Diarville ne sont pas isolées : à peine à quelques kilomètres de là, la fouille du tumulus de Marainville-sur-Madon (Vosges) a fait surgir de terre la tombe d’un souverain du début de l’âge du Fer, enterré en armes sur son char d’apparat et accompagné d’un grand chaudron d’origine grecque, sans doute offert par les Etrusques. Le pommeau incrusté d’ambre de sa précieuse épée était taillé dans un tronçon de défense d’éléphant, manifestement importé directement d’Afrique jusqu’en Lorraine.

On ne sait pas de quoi cette région de Sion tirait alors richesse et prestige, ni ce qui lui permit d’être en relation avec les grandes cités de la Méditerranée : peut-être déjà le fer ? Quoi qu’il en soit, le site de Sion était alors une place centrale ; fortifié, il constituait un centre économique important au nord des Alpes, qui assurait manifestement la prospérité de toute la région.

En présentant les découvertes majeures de cette région depuis le XIXe siècle, l’exposition rassemble pour la première fois des objets dispersés ou mal connus du public, qui sont souvent les plus importants découverts dans l’Est de la France. Plusieurs phases de « concentration du pouvoir » s’imposent par leur caractère exceptionnel à l’âge du Bronze (XIVe siècle av. J.-C.), à la période « celtique » de l’âge du Fer (VIe siècle av. J.-C.), à la fin de la période gauloise (Ier siècle av. J.-C.), à l’époque mérovingienne (VIe siècle apr. J.-C.) et enfin au haut Moyen Age. Sous ces manifestations de luxe et de puissance, les recherches archéologiques entreprises depuis une dizaine d’années font apparaître une évolution heurtée, périodiquement ponctuée d’effondrements du réseau d’occupation humaine et de crises d’exploitation des ressources. Ce qui montre la fragilité des civilisations et l’importance cruciale des relations qui lient les sociétés à leur environnement.