Gustave Courbet

Galeries nationales du Grand Palais
Entrée Clemenceau Tél. 01 44 13 17 17

13 octobre 2007
28 janvier 2008

RmnMusée d'Orsay

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Dates
du 13 octobre 2007
au 28 janvier 2008
Tous les jours sauf les mardis

Lieu
Galeries nationales
du Grand Palais
75008 Paris
Entrée Clemenceau

Accès
M° Franklin-Roosevelt ou Champs-Élysées
Clemenceau

Tarifs
Plein tarif : 10€
Tarif réduit : 8€
(13-25 ans, famille nombreuse, demandeur d'emploi)
Gratuit pour les
moins de 13 ans

Horaires
Tous les jours de 10h à 22h sauf le jeudi jusqu'à 20h
(dernier accès : 45 mn avant la fermeture des caisses)

Audioguide
français, anglais, japonais : 5 €

Publications
Extraits de textes introductifs du catalogue

Courbet de l’intime à l’histoire

Toute sa vie, Courbet resta proche de sa famille, de ses amis d'enfance, de sa terre natale. Hâbleur, vantard, sûr de lui, doté d'une ambition personnelle farouche, l'homme demeure cependant loyal aux siens et à son pays. […] Il y a de l'enfant gâté chez Courbet, de l'assurance de fils unique et chéri qui s'assure d'occuper autant d'espace que possible. La vie est confortable chez les Courbet; Régis, le père, est un des plus gros propriétaires à Flagey et à Ornans, son épouse, Sylvie Oudot, appartient elle-aussi à une famille aisée. […] Gustave est l'aîné de quatre filles; Clarisse, de deux ans seulement sa cadette, meurt en 1834, à l'âge de treize ans, Zoé, née en 1824, Zélie, née en 1828 et Juliette, née en 1831. Ce grand gaillard, volontiers vantard de ses supposées conquêtes – biographes et commentateurs lui attribuèrent de nombreuses passades, cherchant dans chacune de ses toiles de nus une aventure particulière -, est grâce à ses sœurs, un connaisseur familier de l'univers féminin, au sein duquel il a grandi, dans une rare confiance. […] L'abandon serein de ses femmes peintes, leur sommeil tranquille, leur rêverie prolongée puisent à l'intimité profonde établie entre Gustave et ses sœurs; il put, auprès d'elles, observer la chaleur d'un monde clos, paisible. Représenter ainsi non la tension de la séduction, mais la quiétude de la confiance. […] Peintre d'atelier, il peint à Paris certains de ses paysages franc-comtois, achève dans son atelier de la rue Hautefeuille où Francis Wey l'admira, un des tableaux les plus emblématiques de son attachement à sa région natale, L'Après-dînée à Ornans […].
Moins que sur l'observation directe, le travail de Courbet est fondé sur la mémoire, nourrie non d'une imagination qu'il ne possède pas – il avoue lui-même son désarroi face aux univers fantasmagoriques – que d'une sensibilité profonde. C'est au prisme de sa propre intériorité que le peintre regarde, retient et représente ses proches et sa terre natale.
La Franche-Comté est une région à l'identité forte; éloignée de Paris, située aux marches du territoire national, française depuis la Paix de Nimègues en 1678 seulement, elle possède un caractère particulier, volontiers revendiqué par ses habitants, surtout quand ils ne demeurent plus – ainsi, Charles Nodier, Francis Wey, Pierre-Joseph Proudhon, jusqu'à Victor Hugo qui n'y naquit pourtant qu'incidemment, furent comme Courbet, farouchement fiers de leur terre natale. Pays de falaises, de plateaux mais aussi de larges vallées où l'eau coule et ruisselle, c'est une région agricole riche, avec une tradition vinicole bien établie, la fortune des Courbet et des Oudot en est issue. […]
Vue de Paris, c'est alors une région étrangère, lointaine, rarement visitée. Ses habitants, à l'accent prononcé, aux manières simples, à la mise peu recherchée, sont volontiers moqués ou raillés. Courbet, pourtant, choisit de représenter sa région natale, ses paysages, ses habitants, leurs mœurs et leurs coutumes. Son affirmation de l'originalité franc-comtoise est pleinement délibérée et obéit à une stratégie de reconnaissance, tout à fait originale. […] Il aime représenter les paysages d'Ornans, de Flagey, de Maisières; c'est un pays appréhendé à pas d'homme, qu'il connaît pierre par pierre. Cette terre solide et dense ne lui suggère pas de charmantes scènes sentimentales et populistes mais la grandeur et la puissance de la peinture d'histoire, à laquelle il élève ses casseurs de pierre, ses paysans de retour de marché, ses vachères.
Il les peint à grandeur, n'idéalise ni leurs mises, ni leurs attitudes; leur rendu direct et brutal lui fut reproché par la critique. […]
Cézanne fut, après lui, un peintre étroitement lié à son pays d'origine. La démarche du peintre de la Sainte-Victoire est marquée par l'analyse et la synthèse, celle du peintre d'Ornans est avant tout sensible. Le paradoxe du réalisme de Courbet, la difficulté à le définir, l'impossibilité même pour le peintre de s'y tenir, puisent à sa subjectivité même. Il n'est pas un observateur à distance; l'exactitude dont il se réclame n'est pas fondée sur l'étude directe, mais sur le souvenir qu'en conserve la mémoire. S'il ne peint, comme il affirme, que ce qu'il a vu, la réalité représentée fut regardée de l'intérieur, et donc nourrie de la forte personnalité du peintre, de son attachement aux siens et du respect pour son art.

Dominique de Font-Réaulx

 

Le nu, la tradition transgressée

Les premiers nus de Gustave Courbet datent des années 1840. Bien que sans doute peints à Paris, ils ont pour cadre la forêt et les sources franc-comtoises. D'emblée, le peintre s'inscrit dans une des traditions essentielles de la peinture occidentale, l'inclusion d'une figure nue dans un paysage. La fréquentation du Louvre, puis en 1846 celle des musées d'Amsterdam et la Haye, permit à l'artiste d'observer et d'étudier les toiles des maîtres anciens; La Bacchante endormie évoque par la sensualité de la pose, la puissance des coloris, les toiles du Corrège; Le Nu endormi près d'un ruisseau (Detroit, Museum of Fine Arts), la carnation rosée et la chair abondante des femmes de Rubens ou de Rembrandt. Castagnary l'écrit fort justement en 1882, après la mort de l'artiste : « Le nu l'avait toujours préoccupé. Il avait toujours su que la chair est l'écueil du peintre, c'est là qu'on prouve que l'on est maître. (...) » […]
La représentation du nu féminin chez Courbet est complexe, les enjeux multiples. Le peintre est animé par une volonté profonde de marquer son temps et l'histoire de la peinture : en 1853, lorsqu'il envoie au Salon Les Baigneuses et Les Lutteurs (Budapest, Musée des Beaux-Arts), il obéit à une stratégie délibérée qu'il expliquait, quelques mois plus tôt, à ses parents : « Je me suis décidé à ne faire que du nu pour l'exposition prochaine. » Cette présentation se révéla un nouveau scandale; la Baigneuse choqua jusqu'au couple impérial, autant au nom de la morale picturale que de son esthétique. En peignant une femme d'âge mur, aux formes robustes, à la chair marquée par les années et l'embonpoint, le peintre rompait avec les codes étroits de la représentation de la nudité féminine. […]
Si la pose demeurait classique, celle d'une Source, le traitement des deux baigneuses s'avérait profondément novateur; la chair puissante, rendue sans concession à une beauté idéale, le détail des vêtements épars, soulignant que cette femme nue était une femme vraie, venant de se déshabiller, mais aussi la juxtaposition des figures, dont le lien entre elles échappe, contribuant à créer le manque d'intelligibilité de la scène que souligne Delacroix dans son Journal. […]
Son refus d'un traitement pacifié et lisse de la chair, sa volonté farouche de peindre des femmes réelles, des femmes à chaque fois unique et différente, en rupture avec le concept d'une beauté recomposée, contribuèrent à susciter ces interrogations sur leur identité et la nature des liens qui les unissaient au peintre. Les critiques contemporains du peintre, puis les historiens de l'art, ont souvent, en commentant les nus féminins du maître d'Ornans, confondu l'homme et le peintre; l'analyse picturale le dispute parfois au grivois, à l'anecdote sentimentale. Sans doute les vantardises de Courbet, sa façon bravache de narrer ses aventures féminines dans sa correspondance ou auprès de ses proches ne sont pas étrangères à de tels commentaires. Nul artiste, plus que Courbet, n'a fait naître, aujourd'hui encore, autant de remarques sur sa bonne fortune sentimentale. L'homme fut pourtant plus chaste et pudique qu'il n'aimait le paraître. […]
Le modèle photographié suppléa parfois au modèle vivant. La difficulté de trouver, à Ornans, une femme susceptible de se déshabiller pour poser, explique, pour une part, l'utilisation d'une épreuve photographique. […]
Courbet, pourtant, place ses figures féminines à distance; très souvent endormies, d'un sommeil profond, elles demeurent, presque toujours, immobiles et indifférentes au spectateur. Nul lien ne s'établit avec lui; à de rares exceptions – La Femme aux bas blancs de la Fondation Barnes, notamment -, les nus de Courbet ne le regardent pas.
Les nus de Courbet font jaillir une intimité profonde qui est moins celle du connaisseur aguerri de la chair féminine que de l'homme, aîné de trois soeurs, familier de l'univers féminin, dont la douceur et la sensibilité ont pu aussi, à côté de sa bravache, s'épanouir. Ce sens de l'intime, plus que le souvenir littéral d'une conquête, fait naître la sensualité vibrante des toiles du peintre. Le peintre pénètre au plus loin de ses toiles. Rien de plus étranger à l'anecdote littérale que les nus de Courbet; le lien entre les aimés est silencieux et ne se prête pas au ressaut de la narration picturale. La confusion entre figure féminine et masculine n'est pas le moindre des paradoxes que font naître ces nus. La confusion est parfois littérale; les femmes nues du peintre sont souvent puissantes : ainsi la Vénus du Réveil ou la femme brune du Sommeil. Elle peut être aussi plus subtile : la femme nue, chez Courbet, subtilise la place de l’homme […].

Dominique de Font-Réaulx

 

L’expérience de l’histoire, Courbet et la Commune

- L'artiste citoyen
Si Courbet ne cessa d'entretenir un rapport complexe au politique, il se s'était jamais, jusqu'en 1870, pleinement engagé dans l'action publique. L'artiste se définissait comme un "républicain de naissance", proche des pensées utopistes de Fourier et de Proudhon. La constance de son aspiration démocratique le fit régulièrement s'opposer au régime impérial, et refuser publiquement la Légion d'honneur, en juin 1870.
Lorsque la guerre franco-prussienne éclata, Courbet s'investit dans une résistance énergique et idéaliste. […]Il offrit […] grâce à la vente d'une toile, un canon à la République en janvier 1871. […] En mars 1871, alors que la Commune se constituait, Courbet incita les artistes à préparer leur propre gouvernement. […] Il se présenta aux élections législatives du 8 février 1871. […]Courbet entra au Conseil de la Commune comme délégué du VIème arrondissement lors des élections complémentaires du 16 avril, et y siégea jusqu'au 22 mai. Cependant, Courbet, fidèle à ses convictions pacifistes, ne prit pas part aux combats du siège, ni à la Semaine sanglante. Il s'opposa également à l'instauration d'un Comité de Salut public au sein de la Commune.

- Courbet condamné
Pendant la Semaine sanglante, alors que les troupes versaillaises reprenaient le contrôle de la capitale, Courbet […] fut arrêté le 7 juin 1871. Commença alors pour l'artiste un interminable calvaire juridique qui se prolongea jusqu'à sa mort, en décembre 1877. Courbet fut poursuivi pour "attentat, excitation et levée de troupes, usurpation de fonctions et complicité de destruction de monuments", et jugé à Versailles par le 3ème Conseil de guerre qui instruisait le procès collectif des principaux membres de la Commune. Grâce à une défense menée par l'avocat Charles Lachaud, et orchestrée par Jules Castagnary, la sentence de Courbet fut plus clémente que celles des ses coaccusés, pour la plupart condamnés à mort ou à la déportation. L'artiste était condamné le 2 septembre 1871 à six mois de prison et cinq cent francs d'amende au motif de sa participation à la destruction de la colonne Vendôme, qu'il avait proposée six mois avant la formation de la Commune.
Courbet fut transféré de Versailles à la prison parisienne de Sainte-Pélagie. […] [Il sera libéré] le 2 mars 1872. […]Le jugement de 1871 fonda de nouvelles poursuites. […] En 1873 […] une nouvelle assemblée conservatrice décida de relever la colonne Vendôme. […]Courbet quitta la France en juillet 1873 et se réfugia en Suisse, rejoignant dans l'exil de nombreux autres membres de la Commune. Durant cette période, les biens et les tableaux de l'artiste furent saisis, ses amis et ses marchands surveillés. Lorsque la seconde procédure aboutit le peintre fut condamné, au terme d'un long procès, aux frais de la reconstruction du monument. Courbet devait payer la première annuité de cette somme le 1er janvier 1878 ; il mourut le 31 décembre 1877. […]

Laurence des Cars

 

© Réunion des musées nationaux - 2007