Peintres de Barbizon (les)

Vers 1848, un groupe d’artistes se réunit à Barbizon, dans la forêt de Fontainebleau. Ils suivent les préceptes de John Constable, un peintre de paysages anglais : peindre la nature pour elle-même. Le paysage ne sert plus de fond pour les scènes religieuses ou mythologiques mais devient le sujet de la peinture. Ils sont les premiers à peindre en plein air. Corot, Rousseau, Millet et Daubigny sont les plus connus. Millet s’intéressera aussi aux personnages, au monde paysan et aux travaux des champs.

Abstrait

Le mot « abstrait » est utilisé pour qualifier les représentations qui ne sont pas figuratives, c’est-à-dire qui ne représentent pas le monde tel qu’on le voit ou tel qu’on l’imagine avec des personnages, des animaux, des végétaux… L’artiste abstrait travaille, de préférence, la couleur et la matière pour exprimer des idées. Monet, à la fin de sa vie peint des motifs presque abstraits. Ses nymphéas sont imprécis. Il veut transmettre l’impression du bassin et non sa description exacte.
1- La forêt de Fontainebleau, 1863-1865
Monet peint ses premiers paysages dans la forêt de Fontainebleau. Il peint en « plein air » et non en atelier.

Dans les années 1830, un petit groupe de peintres décide de peindre en région parisienne, à Barbizon. Pour la première fois, ils réalisent des peintures dites en « plein air », dans la forêt de Fontainebleau, et non dans un atelier. Sur les traces de ces peintres, Monet et ses amis se rendent dans cette forêt, pour réaliser leurs paysages. Monet est accompagné de son ami Bazille. Ils choisissent de peindre le Pavé de Chailly. La palette de Monet est verte et brune comme celle des peintres de Barbizon.
De ces années de travail à Fontainebleau, Monet aboutit au monumental Déjeuner sur l’herbe. Il invite ses amis, Frédéric Bazille et Gustave Courbet à poser pour lui. Il s’agit d’un hommage à Manet qui réalisa deux ans auparavant un tableau du même titre qui fit scandale au salon des refusés. Il présente un groupe d’amis venus pique-niquer à la campagne.
Monet les représente grandeur nature ! L’œuvre mesurait plus de quatre mètres sur six. Pourtant, il abandonne son projet, trop exigeant envers lui-même. Aujourd’hui, il ne reste que deux des trois panneaux de cette peinture exceptionnelle. Ils sont conservés au musée d’Orsay et pour avoir une idée de ce grand projet, regarde cette esquisse qu’il avait préparée
2- La côté Normande, de 1865 à 1869. Été 1867
Monet qui a vécu au Havre et aime ses paysages, invite ses amis au printemps 1864 à venir peindre avec lui en Normandie. Il peint la mer, les falaises, les plages mais aussi les belles femmes qui se promènent près des grands hôtels.

Il peint très rapidement de nombreuses toiles par beau temps mais aussi sous la pluie. Il ne cherche pas à copier la nature mais veut la peindre comme il la ressent. Il développe avec ses amis une nouvelle technique. Ils appliquent leur couleur directement sur la toile en petits coups de pinceaux vifs et rapides. Cette touche exprime plus une impression de paysage qu’une réelle description. Monet et ses amis vont d’ailleurs se faire appeler les « impressionnistes ».

Cette terrasse est sûrement celle d’un bel hôtel au bord de la mer. Le tourisme balnéaire se développe en effet à cette époque. Les personnages assis ou contemplant la mer sont très élégants. Observe le traitement du drapeau qui flotte, Monet a su rendre l’effet léger du vent au bord de la mer.
3- Argenteuil et la banlieue, Bougival dès 1869 Argenteuil (de 1872 à 1877)
Monet s’installe dans les environs de Paris où il trouve un univers tranquille. Il y peint la Seine, les champs et sa famille. Il représente des personnes modestes, des scènes du quotidien et non des sujets de l’histoire comme le voudrait le Salon.

Avec Renoir, ils peignent des parisiens qui se détendent aux bords de Seine, le dimanche dans des guinguettes comme la Grenouillère. Ses couleurs sont éclatantes, inondées de soleil et sa touche toujours plus rapide. Il ne s’attarde pas sur les détails, voulant donner une impression du paysage. Ce travail étonne beaucoup. Ses tableaux sont considérés comme des esquisses, des œuvres non finies et lui rapportent peu d’argent.
Avec son ami Renoir, Monet s’installe sur les bords de la Seine, à la Grenouillère. Les parisiens y viennent se baigner, danser et faire de la barque. Alors que Renoir s’attache aux détails des personnages fréquentant le lieu, Monet se préoccupe essentiellement des ombres et des reflets du soleil sur l’eau. Il les transcrit par de petites taches horizontales.
La banlieue parisienne lui permet de trouver des paysages mais également les traces de la vie moderne comme le train, les usines.
À Bougival, il choisit le motif du pont de chemin de fer qu’il peint à maintes reprises. Il oppose sa structure métallique immobile au fleuve fluide sous le soleil. Il aménage même son atelier dans un bateau (le « bateau-atelier ») pour suivre le fil de l’eau et capter les reflets du soleil qui changent à tout moment
4- Paris
À Paris, Monet fréquente les ateliers de peintres. Avec ses amis, ils aiment se réunir dans des cafés et discuter d’art. Ils sont à la recherche d’une peinture nouvelle. Ils refusent de suivre les règles strictes du Salon officiel. Ils veulent représenter la réalité comme ils la ressentent et non comme tout le monde la voit.
Refusés au Salon, ils créent leur propre exposition dans la galerie de leur ami photographe, Nadar en 1874. Louis Leroy, critique d’art visite l’exposition et pour la moquer, il intitule son article L’exposition des Impressionnistes. Il emprunte cette expression au titre du tableau de Monet qui y est exposé : Impression soleil levant. Louis Leroy reproche au tableau de n’être qu’une « impression », une ébauche, qu’on ne reconnaît rien. Il donne ainsi sans le vouloir son nom à ce nouveau mouvement artistique, l’impressionnisme.

Il décide de peindre la Gare Saint Lazare qui dessert la Normandie, où il se rend souvent. Il loue un atelier à Paris et vient y travailler. En 1877, on lui autorise à installer son chevalet dans la gare, au niveau des voies. Il peint une douzaine de vues de la gare. Il en expose huit, lors de la troisième exposition impressionniste chez son ami et marchand Durand-Ruel. Dans cette œuvre, il nous montre l’agitation de la gare, ses voyageurs et la fumée de la locomotive qui cache la ville. Il peint la modernité.
5- Vétheuil de 1878 à 1881
Monet s’éloigne de Paris pour s’installer en 1878, sur les bords de la Seine, à Vétheuil. Il aime le charme de ce petit village et le peint en toute saison. Il est pourtant isolé. Il se rend moins à Paris et n’expose plus avec ses amis.

En 1879, sa femme Camille meurt. Il reste seul avec ses deux fils et ses amis, la famille Hoschedé. Sa tristesse se ressent dans ses peintures, les « Débâcles ». En hiver, la Seine est gelée mais en Janvier la glace se brise brutalement et le fleuve entraîne tout avec lui.
La Seine prend presque toute la place dans le tableau. Le soleil couchant s’y reflète, on remarque les rides orange à la surface de l’eau. Le fleuve, la nature l’emporte sur la présence humaine. Le village est présent au fond mais s’efface et l’on distingue à peine une petite barque.
6- Retour sur la côte normande, les années 80
Après la mort de Camille, il retourne souvent peindre en Normandie. Il sillonne les côtes, peignant villages, plages et rochers.
De 1883 à 1886, il se rend tous les ans à Étretat. Il est très séduit par cet endroit réputé pour ses falaises de toutes formes. Il y peint une cinquantaine de toiles. Sa vue préférée est celle de la Porte d’Aval, énorme ouverture dans la falaise, creusée au fil du temps par les vagues. Les études successives de ses falaises annoncent les « séries » que Monet va réaliser par la suite : peindre le même motif à des heures et saisons différentes.
7- Belle-Île-en-Mer, 12 septembre 1886
Monet tombe amoureux de l’aspect sauvage de Belle-Île en Mer. Cette île est baignée par l’Océan, plus violent et agité que la mer de Normandie.
Les rochers sont peu accueillants mais Monet ne se décourage pas et plante son chevalet au bord du vide. Il souhaite peindre, comme il l’écrit à ses amis, des paysages « terribles ».
Il loge chez un pêcheur pour s’acclimater à ce lieu. Il réalise pendant dix semaines une série de rochers sur cette île. Il écrit d’ailleurs à sa nouvelle compagne, Alice Hoschedé que si l’on veut peindre la mer « il faut la voir tous les jours, à toute heure et au même endroit pour en connaître la vie à cet endroit-là ».

Il choisit pour cette toile un format en largeur pour accentuer l’aspect violent des vagues qui se brisent contre les rochers. Il se concentre sur la nature puissante, laissant peu de place au ciel, une simple bande horizontale toute fine. Il n’y a ni plage, ni bateaux. La présence humaine s’efface. Le seul sujet est la mer.
8- La Creuse mars-mai 89
Monet découvre la Creuse grâce à son ami Gustave Geoffroy. Il se fixe à Fresselines et peint sur les hauteurs, les escarpements rocheux de la Creuse. Comme à Belle-Île, il recherche un paysage sauvage. Sa palette est sombre, continuant la série dite « lugubre » des paysages inquiétants de Belle-Île. Monet peint même en hiver et c’est un travail difficile. Ses mains sont gercées par le froid. À Paris, ses œuvres créent la surprise, on commence à reconnaître son talent.
C’est un paysage d’hiver. Monet travaille sur les collines. C’est une vue plongeante sur la rivière. Il utilise des couleurs sourdes, sans éclat : du vert foncé, des gris et des bruns. Elles rappellent la terre en sommeil, la végétation morte de cette saison.
9-La Méditerranée 1883, 1884 et 1888 : Bordighera ( janvier-mars 1884) ; Antibes (mi-janvier à début mai 1888)
S’il peint en Bretagne et dans la Creuse, des ciels orageux, il retrouve ici son goût pour la lumière et le soleil. À Alice, à nouveau, il écrit : « Mon affaire, c’est le soleil ».

Avec Renoir en 1883, puis seul en 1884 et en 1888, Monet se rend sur la « Riviera », la côte méditerranéenne où le climat est très doux. Il reprend un thème qu’il aime beaucoup, les jardins. Il demande à se rendre dans le célèbre jardin de Francesco Moreno qui possédait de nombreux palmiers. Il change sa palette pour des couleurs plus claires pour restituer cette lumière chaude du sud. À Antibes, il peint des vues des montagnes, de la mer, caché derrière les arbres.

Monet intègre ici plusieurs motifs, structurés sur la toile par le tronc tortueux de l’arbre. On aperçoit la végétation sèche du sud, la mer, la ville d’Antibes mais aussi les montagnes des Alpes en arrière plan. Le soleil de Méditerranée éblouit ce paysage et Monet utilise pour transcrire cette sensation, une multitude de petites touches colorées.
10-Rouen : Cathédrales : 1892 et 1893
En 1892, Monet se lance un défi, faire une série de la cathédrale de Rouen. Cet édifice de pierre l’impressionne beaucoup. Il loue des chambres avec vue sur le monument et le peint à toutes les heures de la journée. Il veut représenter l’instant, la cathédrale à un moment précis, sous une lumière précise.

Il la peint le matin, le soir, par temps gris ou par beau temps. « Tout change, quoique pierre » écrit Monet. Il se concentre sur la façade de la cathédrale et la peint avec différentes couleurs en fonction de la lumière. Cette série est exposée à Paris par le marchand Durand-Ruel, qui est son ami. Elles lui valent de nombreux compliments. Fini les critiques, Monet est célèbre à Paris.
11- Londres
En 1871, Monet s’était rendu à Londres et avait longtemps regardé les aquarelles du célèbre peintre anglais William Turner. Il y retourne vers 1900 pour selon ses dires « y peindre quelques effets de brouillard sur la Tamise ». Il est ébloui par cette atmosphère intrigante. Il commence une série sur un motif ancien, le Parlement. Il s’installe sur la terrasse de l’hôpital Saint-Thomas situé sur la rive opposée de la Tamise.
Il étudie, comme pour la cathédrale de Rouen, les variations de lumière sur l’édifice mais aussi cette atmosphère de brouillard que les anglais nomment « fog », qui enveloppe la ville. L’édifice surgit de la brume comme un fantôme, ses formes sont dissoutes. Il continue à peindre ses vues de la Tamise de Giverny de mémoire jusqu’en 1904. Il reprend les toiles, les retouche. Il est très exigeant ! Après avoir fait patienter Durand-Ruel, il expose enfin ces quatre années de travail, sous le titre : « Série de Vues de la Tamise à Londres (de 1900 à 1904) ».
12- Venise
Monet part en voyage à Venise en 1908 avec sa femme, Alice. C’est la première fois qu’il s’y rend et trouve la ville tellement belle qu’au début il n’ose pas la peindre. Comme à Londres, il poursuit les séries, présentant des bâtiments au bord de l’eau, au soleil. Il recherche toujours cette atmosphère mystérieuse. Il peint une « ville flottante » suspendue dans la brume de la mer Adriatique.

Comme autrefois à Argenteuil, il peint du bateau-atelier », qui ici est une gondole. Il terminera ses toiles chez lui à Giverny, après la mort d’Alice. Ses vues de Venise sont donc empreintes de mélancolie, en souvenir de ce si beau voyage avec sa femme bien-aimée.
13- Giverny dès 1883
Monet s’installe à Giverny dès 1883. En 1892, il épouse Alice Hoschedé qui vient s’installer dans la maison avec ses six enfants. Il y est à l’écart de Paris, pour peindre au calme. Le train permet à ses amis de venir le voir et discuter d’art avec lui. Il lui permet aussi de se rendre à Paris pour vendre ses toiles ou assister aux expositions.

Monet commence à devenir célèbre et ses toiles se vendent bien. Lorsqu’il reçoit de l’argent de Durand-Ruel, il l’emploie dans sa maison et dans le jardin qui l’entoure. Il plante des fleurs, construit un pont japonais, agrandit son bassin de nymphéas. Tout son jardin devient modèle de peinture. Il dit lui même : « En dehors de la peinture et du jardinage, je ne suis bon à rien. Mon plus beau chef-d’œuvre, c'est mon jardin ». Il peint des toiles immenses qui ont pour sujet ses fleurs, les nymphéas (des nénuphars). Elles se présentent comme de grands panneaux de décor. Il cherche ce qui est beau et non ce qui est réel.
Le tableau nous plonge directement dans la mare, il n’y a pas de rive. C’est un très grand format, Monet veut nous éblouir. Les nymphéas flottent, imprécis. Il faut s’éloigner du tableau pour les reconnaître. Il s’agit presque d’une peinture abstraite. Il ne peint pas exactement ce qu’il voit mais représente les fleurs avec quelques coups de pinceaux. On ne reconnaît pas bien le bassin mais on le ressent